Vie de Sainte Geneviève imprimée par Trepperel


L’imprimeur TREPPEREL a réalisé cet incunable circa 1500
Ces opuscules, ornés de quelques bois gravés plus souvent de hasard que spécialement conçus pour coller au texte qu’ils viennent égayer, sont généralement appelés depuis le XIXe siècle ” plaquettes gothiques “. Très souvent dépourvus de date et de nom d’imprimeur, ils offrent un aspect codifié remarquablement stable des années 1490 aux années 1530 : de format modeste (in-4° puis in-8°), en langue vernaculaire (français), ils sont imprimés avec des caractères dits ” bâtards “, ni gothiques ni romains. Lus jusqu’à tomber en lambeaux, ces ouvrages populaires ont été victimes de leur succès puis d’une longue désaffection : bien des éditions ne sont plus connues que par un seul exemplaire, et sans doute bien d’autres ont disparu. Jean Trepperel, à qui sa veuve succède en 1511, est l’un des plus actifs imprimeurs parisiens spécialisés en ce domaine. [source BNF]

TEXTE DE LA VIE DE SAINTE GENEVIÈVE

[folio 1]
[folio 2]
A Nanterre près de Paris fut née la Vierge digne ma saincte geneviève au temps des empereurs Honoré et Théodose le mendie, et fut avec père et mère iusqu’au temps de l’empereur Valentinien Bientôt après sa nativité revela le saint esprit à saint germain d’auxerre comment elle serviroit dieu sainctement et virginallement, laquelle chose il dit à plusieurs.
Puis fut sacrée de le vesque de chartres villiques, et Vint demourer à paris plaine de vertus et de miracles par le temps saint nicaise de reims que les hongres martyrisèrent, et par le temps saint remy sous le roy de grâce childéric, puis sous leroy clovis son fils premier roy de grâce crestien dit loys en son baptesme lequel fait remy baptisa.
Et apporta ung ange de paradis une ampoule plaine de saint cresme dont il fut oingt: et ses successeurs roys de france sont oingtz à leur couronnement.
Puis fut de bonne vie et fonda l’église que l’on appelle maintenant sainte geneviève au mont de paris en l’honneur de saint pierre et saint pol à la requeste de la reyne saincte [folio 3] clote (clotilde) sa femme, dont le corps repose en ladite église à l’incitation de saincte geneviève la dédia saint remy.
Du temps que la dite vierge estoit en enfance saint germain d’auxerre et saint leu de troyes esleudes prelatz de france pour aller estaindre une heresie qui estoit en angleterre vinrent à nanterre pour eulx herberger: le peuple vint (à) l’encontre d’eux pour avoir la benediction parmy les gens saint germain par l’enseignement du saint esprit va servir la pucelette genevieve, et la fait venir à lui et demada de son nom et de qui elle estoit fille.
Et dirent ceux qui étaient là que geneviève était nommée, son père sever et sa mère géronce, lesquels vinrent et le saint homme leur demanda si cette fille estoit leur enfant et ils répondirent. Sire ouy.
Bien (h)eures estes dit le saint homme à qui dieu a donné si noble lignée.
Sachez que le jour de sa nativité les anges célebrèrent grand mystere au ciel et grande joye et grande yvresse, et sera de grand mérite devant dieu, et a la bonne vie et conversation prendront plusieurs exemples qui peche laisseront et à dieu se convertiront et bientôt religieusement pourquoy ils auront pardon et foyer pardurable.
Lors dict à geneviève dictes moy et n’ayes pas honte si vous voudries estre sacrée et vivre en virginité jusqu’à la mort comme espouse de iesucrist.
La vierge répondit. Saint père vous me demandez ce que je désire. plus n’y fault fors que par vos prières notre seigneur veuille accomplir ma dévotion.
Lors, dist le saint homme, fille ayez ferme (con)fiance en dieu et prouvez par oeuvre le bien que vous croyez en coeur et que vous dictes de bouche notre seigneur vous donnera force et vertu.
Le dit fait [folio 4]germain lui tint la main sur la teste iusqu’à tant qu’il fût fait à l’église, illec la environne du peuple. Saint Germain dist au père et à la mère de la vierge qu’ils lui ramenassent lendemain leur fille. ET quand elle fut ramenée Saint Germain vict en elle ung signe celeste, et lui dit dieu te saulve fille geneviève et te souviens-t’il que tu me promis hyer de la virginité de ton corps.
Saint père respondit l’enfant il m’en souvient bien et à l’aide de dieu je désire et pense accomplir mon propos.
Lors le saint regarde à terre et voit ung denier d’arain venu de la volunté de dieu, signe du signe de la croix.
Elle print et lui donna et dict Geneviève vous porterez ce denier en mesmoire de iesucrist vostre espoux, et ne souffrez entour vous autre aosnement ne doi ne d’argent ni pierres précieuses , car se la beauté de ce monde vous surmonte un peu vostre pensée vous perdre les biens du ciel.
Il la commanda à dieu et lui pria qu’elle se remembrast et lui en ses oraisons. Il advint que géronce mère de la saincte pucelle en ung jour de feste alloit à l’église, et dit à la fille qu’elle gardait l’ostel, et geneviève dict que la foy qu’elle avait promise à saint germain elle garderait à l’ayde de dieu et que souviendrait à l’église affin qu’elle se ferait espouse de iesucrist et quelque signe fust trouvée de son amour.
La mère se courrouça et lui donna une buffe Et tantost la mère fut aveugle. et ne vit goutte par l’espace de vvi mois.
Et quand la mère eust esté longuement en ceste peine qui moult luy ennuyait si luy souri du bien que saint germain avait dit de sa fille.
Il l’appela et luy dict: Ma fille allez au puit et m’apportez de l’eau. Genevieve y alla a bonne heure et quand elle [folio 5] fut au puit elle commença à pleurer de ce que sa mère avait perdu la veue pour elle, et pris de l’eaue et l’apporta à sa mère.
La mère se dit les mains au ciel: et en grande foy et reverse print l’eau, et fit faire à sa filie dessus le signe de la croix, et en lava les yeux et incontinent commença à veoir ung petit, quand deux ou trois fois les eu lavé, la veue lui revint comme devant.
Apres ce advint que la sainte pucellle fut offerte à l’évesque de chartres vellicus pour être sacrée avec deux autres aisnées d’elle comme on les offrait selon l’âge.
L’évesque sceut par le saint esprit que geneviève estoit la plus digne si dit celle qui est derrière viengne devant, car dieu la fit sanctifiée.
Après la mort de son père et de sa mère vint la saincte dame demeurer à Paris pour sa bonté esprouver et pour mieux valoir fut si malade de paralysie qu’il semblait que ses membres fussent disjoinctz, dont elle fut si tourmentée que par trois jours on la gardait comme morte. ni signe de vie ny apparaissait fors en ses joues qui estoient un peu rouges, la mena un ange au repos des bons, et au tourment des mauvais.
Depuis ce revela à plusieurs les secrets de leurs consciences comme celle qui estoit enseignée du saint esprit.
Ung peu de temps après, saint germain retourna en angleterre , si vint à Paris, dont le peuple alla à l’encontre de luy à grande joie. Devant toutes ces choses saint germain demanda comment geneviève se faisait.
Le peuple qui plus est prêt de mesdire de bonnes gens que seuls ensuivit respondit que ce n’était viens delle mais en la blasmant ils la louaient, pour ce ne tint compte de leurs mauvaises [folio 6] paroles, mais sitôt qu’il entra en la cité, il en alla tout droit à l’hostel de la vierge laquelle il salua à si grande humilité que tous s’en esmerveillerent, et montra à ceux qui la despasoient la terre arrosée de ses larmes et leur recita le commencement de sa vie comment à Nanterre il la trouva quelle estoit de Dieu eslite et la recommanda au peuple.
Nouvelles vinrent à Paris que le félon roy des hongres actile (attila) avait empris à dégaster toutes les parties de france et submettre à sa domination les bourgeois de paris de la ‘grant’ pour qu’ils eurent envoyer leurs biens en aultres cités. plus furent Geneviève admonesta les preudes femmes de la ville quelles veillassent en jeunes et en oraisons. parquoi ils poussent la tyrannie des ennemis eschever et estaindre comme jadis firent deux saintes femmes judith et hester.
Elle y obeirent et plusieurs jours furent en l’église en veile en jeune et en oraison.
Ung bourgeois dit qu’ils aissassent leurs biens à paris, car les autres cités qui croyaient être plus sûres seraient gastées, mais par la grâce de dieu paris n’aurait mal laquelle cité fut gardée par ses prières et mérites.
Selon ce que dit l’apostre, et pour la sienne amour fit que les tirans n’approchèrent point paris.
Durement tourmenta son corps la pieuse vierge pour péché eschever, et pour bonne exemple donner car depuis qu’elle fut en l’âge de quinze ans jusqu’à cinquantième an jeunait toujours fors au dimanche et au jeudi, et en sa refection (réfectoire) n’avait que pain d’orge et fèves lesquelles cuites après deux semaines ou trois elle mangeait. pour toutes délices estoit toujours en oraisons en veilles et en repentances.Oncques ne but [folio 7] de vin ni d’autre liqueur qui puisse enyvrer par tout le temps de sa vie.
Quant cinquante ans eut mené cette vie, les evesque du temps regardèrent que trop faible estoit tant d’abstinence que de vieillesse si l’admonestèrent de (acc)croître un peu son vivre, la sainte femme n’osa contredire, car des prélats dit notre seigneur par l’escripture. Qui nous oyt me oyt, et qui nous despitte me despitte.
Si se print par obédience à manger avec son pain d’orge, poisson faict.
Et toutes fois qu’elle faisait ce, elle regardait au ciel et pleurait. Dont on croit quelle vit appertement nostre seigneur selon la promesse de l’évangile qui dit que bien heures sont les nets de coeur, car ils verront dieu.
Elle avait le coeur pur et net. Douze vertus font ce, dit hermes pasteur, sans lesquelles nulle vierge ne peut estre agréable à dieu c’est assavoir foy, abstinence, pacience, magnanimité, simplesse, innocence, concorde, charité, discipline, chasteté, vérité et prudence.
Les vertus accomplissait la dite vierge par oeuvre enseignait de parole et montrait par exemple.
En dévotion avait la saincte dame de veiller la nuyt que notre seigneur resuscita de mort à vie selon la coustume et les statons des anciens pères.
Si advint une fois qu’elle se mit au chemin devant le jour pour aller à l’église de saint denis et faisait porter un cierge ardent devant elle, la nuit estait obscure les boes grandes et pleuvoit fort, si esteignit le cierge, les vierges qui estoient en la compagnie furent moult troublées, elle demanda le cierge et sitost qu’elle le tint il fut allumé et le porta ardent jusqu’à l’église.
Une autre fois en l’église oroit, et quand son oraison fut finie, ung [folio 8]cierge qu’elle tenait entier fut allumé en sa main par la volonté de dieu.
En sa chambre aussi fut allumé en sa main ung cierge sans le feu de ce monde, duquel cierge plusieurs malades qui par bonne foy et révérence prenaient un peu geurissaient, lequel est encores à notre dame de paris. Le roy de grâce childéric combien qu’il fut payen tenait la dite vierge en grande révérence. si faisoient aussi les barons de france pour les beaux miracles qu’elle faisait au nom de iesucrist. dont une fois advint que ledit roy tenait prisonniers jugés à mort.
Mais affin que geneviève ne les delivrast, il yssit hors de paris et fit fermer les portes après luy, la vierge le sceut et elle se mit a chemin pour les âmes délivrer.
Et sitost qu’elle vint aux portes elles s’ouvrirent sans clef voyant le peuple qui de ce, fut en grande admiration.
Elle poursuivit le roy et obtint grâce aux prisonniers.
On luy amena une fois à paris douze forcenés démoniacles qui trop sûrement estoient tourmentés de l’ennemy, la vierge en eut pitié et les envoya à l’église de saint denis, et fit illec son oraison et furent délivrés de la vérai du dyable.
Une femme que la vierge aurait guérie de forcenerie aurait un enfant de l’âge de quatre ans qui d’aventure cheut en ung puys et y fut par l’espace de trois heures. La mère le tira et l’apporta à la saincte dame en détrempant les cheveuls et en pleurant amèrement et le jetta tout mort à les pieds. La vierge couvrit l’enfant de son manteau et se mit en oraison en pleurant. Lors y fit notre seigneur miracle merveilleux, car sitôt qu’elle cessa de pleurer, le mort fut resuscité.
Ung homme vint de meaux à la vierge qui aurait la main[folio 9] seiche jusqu’au coude et la priait qu’elle lui restituast. Elle print sa main et demania les joinctes des dois et fit le signe de la croix dessus, et incontinent fut toute saine.
Du temps que paris fut assiégé dix ans si comme les anciens disent, si grand famine si ensuyvit que plusieurs mouraient de faim. La vierge en eut pitié et se mit en la ryvière de seyne pour aller quérir à navires des vivres. Et quand elle vint en ung lieu de seyne où les nefs soufoient périr, elle fit traire les nefs à rive et commanda qu’on coupat un arbre qui était dans l’eau, et se mit en oraison. Sitôt les mariniers voulurent frapper sur l’arbre il trébucha et deux bestes sausvaiges noires et horribles vont yssir disec que si grand peur laissèrent que les gens en furent tout envenymés par l’espace de deux heures, et oncques puis nef ny périt.
Arcy-le-chateau s’en alla la vierge et il vint à l’encontre d’elle ung noble homme qui luy requit qu’elle visita sa femme qui longtemps avait été paralytique. La vierge la visita et se mit en oraison et lui fit le signe de la croix et lui commmanda qu’elle se leva. Celle qui quatre ans aurait esté si malade qui ayder ne se pouvait se leva toute saine.
De Arcy s’en alla à troyes et le peuple dit à l’encontre d’elle lui offrant grande multitude de malades de diverses maladies sans nombre, et incontinent fist le signe de la croix sur eux et furent tout sains guéris.
On luy amena ung homme que la pugnition divine avait aveuglé pour ce qu’il besongnait au dimanche, et une pucelle aussi aveugle lui fut présentée. La vierge fit le signe de la croix au nom du père () et tantôt la veue leur fut restituée.
Quand ung sous-dyacre vit ce qui print estoit , il lui amena ung [folio 10]enfant qui avait esté dix mois en fièvre très dure, la saincte dame fit apporter de l’eau et fit le signe de la croix et luy en donna à boire, et l’enfant reçu bonne santé.
Ung bourgeois de meaulx qui n’avait pu ouyr par l’espace de quatre ans , il se fit apporter à la vierge qui demeurait à paris et lui requit qu’elle luy voulut l’ouye restituer, la faite luy toucha les oreilles et fit le signe de la croix et incontinent alla et ouyt comme devant.
Ung enfant luy fut apporté de ses parens qui estait sourd muet aveugle et contrefait la vierge l’oignit d’huile benoiste, en heure il vit et ouyt clairement, il parla et alla et reçu santé entièrement.
Au terroir de meaulx y faisait une fois aouster la sainte dame les blés qu’elle y avai, si se leva un grand oraige de pluie et de vent qui moult troubla les ouvriés, et elle se va mettre à terre en oraison, et incontinent la pluye cessa au dit champ et échut sur tous les autres d’environ.
Par seine allait une fois la sainte vierge. souddainement se leva grande tempête de vent qui la nef grandement débastait et les ondes si fort la démenoient que la nef a bien peu estoit couverte.
Lors tendit les mains au ciel, requera l’ayde de nostre seigneur et tantost la tempête fut passée.
Moult d’autres miracles sans nombre fît nostre seigneur pour l’amour de la sainte laquelle vescut en cest siècle pleine de vertus et des biens plus de 1000 ans et trépassa le tiers jour de janvier puis fût enterrée au mont de paris jadis appelé le mont pasoer maintenant dit mont saincte geneviève en l’église saint pierre et saint pol laquelle comme dit et au commencement le roy louys jadis appelé clovis fist faire à l’enterrement de la vierge pour que l’amour il fît grâce à maint prisonniers[folio 11] A son trépassement après advinrent moult de beaux miracles.
Au sépulchre de la sainte vierge fut apporté ung jeune homme qui si malade estoit de la pierre qui ses amis n’avoyent nulle espérance de sa vie. En grands pleurs et douleurs l’amenèrent en requérant l’aide de la vierge bien tost après leur oraison la pierre s’en yssit et fut aussi fait et joyeux homme s’il n’eu oncque maladie.
Ung autre homme y vint qui volontiers besognait le dimanche, si l’en pugnit notre seigneur car il lui tint les mains si contractées qu’il ne pouvait besogner aux autres jours; il s’en repentit et renonça au péché et vint au tombeau de la vierge il le pleura veilla et ora dévotement; lendemain retourna tout sain louant notre seigneur et la vierge.
Après le trépassement de la benoite vierge madame saincte geneviève fut assignée une lampe à son sépulchre en laquelle l’huile sourdait comme l’eau en la fontaine.
Trois belles vertus y faisait notre seigneur car le feu y ardait toujours et l’huie point ne appetissait l’huile les malades guérissait; ainsi ouvrait la vierge corporellement qui plus habondemment oeuvre les âmes par ses mérites spirituellement.
Au sépulchre de la viege vint ung homme que de longtemps n’avait parlé ni vu comme les clercs chantèrent au commun de la messe. Illumina facientur supstuum tuum.
C’est à dire sire dieu enlumine ta face sur ton serviteur.
Il parla et ouyt par la grâce de dieu et de la vierge saincte geneviève.
Amen.

Ly finist la vie madame saincte geneviève
et les miracles qu’elle faisait.