La France est-elle vraiment fille-aînée de l’Église ?

Non, ce furent plutôt ses rois qui furent considérés comme fils aînés de l’Église. La fille aînée de l’Église est en réalité le royaume d’Osroène (capitale Edesse) avec la conversion du roi Agbar IX en 204 (voir notes) par Addaï, disciple de Saint Thomas, puis l’Arménie, baptisée avec Tiridate IV, roi d’Arménie, en 311 par Saint Grégoire l’Illuminateur (257-331) et enfin la conversion du roi Ezana d’Aksoum par Frumentius vers 330 en Ethiopie.

Jean-Paul II : « France, fille aînée de l’Eglise, qu’as tu fait de ton baptême !!! »

La France n’est pas considérée comme fille aînée de l’Église en raison de sa christianisation précoce (arrivée des Saintes Maries en Provence en 43 ap JC) mais en raison des conquêtes fondatrices de Pepin le Bref au profit de Rome et de son siège apostolique.

En voici les raisons :

Sainte Pétronille fait partie des trois saintes, Patronnes de la France.

Sainte Geneviève, la première, devint patronne des Gaules sous les Mérovingiens pour ne pas dire Patronne des Francs.

Lorsque le pouvoir changea de main sous Pépin-le-Bref avec les Carolingiens, ce fut Sainte Pétronille. Mais sous les Valois et la réputation de l’Abbaye du Mont à Paris, on en revint à Sainte Geneviève. Après la révision de son procès, ce fut à Jeanne d’Arc que revint cet honneur. Puis, après la révolution, Sainte Geneviève le partagea jusqu’à maintenant avec Jeanne d’Arc.

C’est ainsi que Sainte Pétronille tomba dans l’oubli.

Rappel sur Sainte Pétronille

Sainte Pétronille est réputée avoir été la filleule de Saint Pierre, d’où son nom d’emprunt.

D’origine gauloise, elle fut la première martyre vierge de l’histoire à Rome.

Elle descendait de Titus Flavius Petro, grand-père de l’empereur Vespasien, puis fut catéchisée, baptisée et consacrée vierge par Saint Pierre.

Elle a été enterrée dans la catacombe de Domitilla, située via Adreatina. Les saints Nérée et Achillée ont été enterrés à ses côtés par la suite (vers 96).

C’est une sainte chrétienne fêtée le 31 mai.

Pour certains auteurs provençaux, Sainte Pétronille passa à Six-Fours à l’époque de Marie-Madeleine.

Il faut savoir que la province romaine Narbonnaise appartenait à Rome (fusionnée sous Auguste) depuis qu’ils avaient construit, à partir de -150 av JC, la voie Domitia qui reliait, par terre, les Alpes aux Pyrénées. Les romains s’étaient alors joints à l’aristocratie gauloise locale et s’étaient attachés aux grands domaines agricoles. Après la conquête de César, cette même aristocratie romaine avait investi toute la viennoise jusqu’à Lyon. Du coup, quatre des légions romaines de Judée étaient formées à partir de recrutement gaulois de ces deux régions.

La Septimanie de Béziers doit son nom à la septième légion (Colonia Julia septimanorum Baeterae).Orange (Glanum) devint la résidence des vétérans de la légion IIIème Gallica. Ainsi, Pilate et sa femme Claudia, se réfugièrent à partir de 43 en viennoise en raison de la présence des légions qu’ils avaient connues à Jérusalem.

La famille d’Auguste s’installa sur la colline de Fourvière. Les vétérans de la légion VII Claudia Pia Fidelis furent installés dans le sud de la Gaule et en Maurétanie après la guerre entre Lucius Antonius, frère de Marc-Antoine et Octave. Après la bataille d’Actium, les vétérans de la légion VIII Augusta reçurent des terres à Forum Juli (Fréjus).

A l’issue des batailles de Llerda en Espagne et Pharsale, les vétérans de la légion X Gemina furent démobilisés et reçurent des terres en Narbonnaise, à Narbo Martius (Narbonne).

Sainte Pétronille fut reconnue par les Carolingiens comme leur patronne et inhumée sur la voie Ardéatine, où il y avait autrefois un cimetière et une église à son nom.

C’est un changement politique qui marque la fin des rois Francs qui laissent la place à des rois Gaulois.

En 753, le pape Etienne II était menacé par les Lombards (qui tiennent leur nom de longue barbe). Leur roi, Astolphe, voulait achever la conquête de l’Italie centrale, s’emparer de Rome et en faire sa capitale. Le pape, convaincu qu’il n’avait rien à attendre de l’empereur d’Orient, franchit les Alpes et vint demander aide et protection à Pépin le Bref. Le roi envoya à sa rencontre son fils aîné, Charles, le futur Charlemagne, puis il l’accueillit lui-même avec le plus profond respect : on vit alors, pour la première fois, un souverain marcher, comme un écuyer, près du cheval du pape. Pépin lui promit son appui et il tint sa promesse.

Histoire des Etats Pontificaux

Elle commence avec la supposée donation de Constantin 1er, empereur d’Orient et d’Occident, au pape contemporain Sylvestre 1er l’Occident de l’empire c’est à dire l’Italie. Cette donation se révélera plus tard être un faux.

Néanmoins, à l’appui de cette revendication, le pape Etienne II vient rencontrer Pépin le Bref à Ponthion, près de Vitry-le-François.

Une expédition en Italie est décidée lors de l’assemblée des Grands réunie à Quierzy. Pépin aurait signé le traité de Quierzy créant les États pontificaux par la promesse de la donation de l’exarchat de Ravenne. Le pape reconnaît en contrepartie la dynastie carolingienne. Cette donation sera confirmée en 774, à Rome, par Charlemagne, fils de Pépin.

27 juillet 754: Pépin le Bref est sacré roi des Francs à Saint-Denis par le pape Étienne II qui lui donne le titre héréditaire de Patrice des Romains, c’est-à-dire le protecteur de Rome et de sa population. Le pape remet à Pépin le Bref la bannière de saint Pierre comme insigne militaire.

Il crée les États pontificaux en janvier 754 à l’assemblée de Quierzy-sur-Oise et se fait sacrer roi des Francs le 28 juillet 754 par le pape Étienne II qui le proclame « Défenseur de l’Église romaine » en reconnaissant la dynastie carolingienne. Pépin-le-Bref lance alors trois campagnes de 756 à 758, repousse les Lombards et finalement donne au pape les territoires conquis, appelés depuis le patrimoine de Saint-Pierre, il est alors qualifié de Protecteur, fils aîné de l’Église et roi très chrétien. On notera au passage que la Corse faisait partie de la donation qui fut confirmée par Charlemagne et à laquelle les Papes n’ont jamais renoncé, si bien qu’en droit international la Corse fait toujours partie des Etats Pontificaux.

Le pape Etienne II, étant à Saint-Denis, donna à Pépin le Bref, comme protectrice, sainte Pétronille, et il lui promit de transférer ses reliques des Catacombes de Domitille où elles reposaient, vers une nouvelle chapelle de l‘ancienne basilique Saint-Pierre, qui deviendrait celle des rois Francs.

Le pape Etienne II mourut sans avoir pu tenir sa promesse, mais un des premiers actes de Paul Ier, son successeur, fut de transporter le sarcophage de sainte Pétronille à saint Pierre en 757.

Il ne fut pas placé dans l’église même, mais dans un monument voisin de la tombe de Saint Pierre, une « Capella Regnum Francorum » . Il y avait, sur la gauche de la basilique, deux mausolées, qui avaient été élevés pour servir de sépulture à la famille de Théodose ; ils étaient circulaires, comme les tombeaux d’Hadrien et d’Auguste, mais n’en avaient pas les dimensions colossales. La famille de Théodose, qui s’était promis de longues destinées, laissa ces deux monuments presque vides. L’un d’eux, cependant, avait reçu le tombeau de l’impératrice Marie, femme d’Honorius: c’est là que fut placé le sarcophage de sainte Pétronille.

 

 

 

Traité de Quierzy
Donation de Pépin-le-Bref

Notre Sainte Pétronille moderne

 

 

 

Autel de Sainte Pétronille dans la basilique Saint-Pierre au Vatican

La chapelle antique de la basilique ancienne sera connue durant tout le moyen-âge comme le Templum Galliae Regnum et le terrain du Vatican entourant la chapelle sera appelé l’Area Regis Franciae.

En adoptant cette sainte comme patronne nationale, la France devient alors la première fille de l’Église comme Pétronille était la « fille » du premier chef de l’Église !

Au XVIème siècle, la basilique Saint Pierre connaissait de profondes modifications et

l’ancienne basilique constantinienne ainsi que la chapelle franque furent finalement détruites en 1544 pour permettre la construction de la basilique actuelle. En 1574, Grégoire XIII, fit procéder à la reconnaissance du corps de la Sainte qui fut finalement déposé à son emplacement actuel.

Aujourd’hui encore, dans la basilique, cet autel lui est dédié et il est considéré comme territoire Français. Cette chapelle de sainte Pétronille perpétue le souvenir de l’antique alliance de la papauté et des Francs. En 1889, Léon XIII fit suspendre en avant de l’autel une lampe dont la flamme ne doit jamais s’éteindre et dont l’inscription dédicatoire dit : « Elle semblera prier sans cesse pour la France ».

Aujourd’hui toujours, une messe pour la France est célébrée chaque année le 31 mai, fête de Sainte Pétronille, dans sa chapelle dédiée à la Basilique Saint-Pierre.

Les prénoms qui lui correspondent à Pétronille, relativement inusité, sont Pierrette, Perrine, Perrette ou Pernelle. Elle est fêtée le 31 mai.

Sources :

Lettre de saint Marcel, fils de Marc, préfet de Rome, qui se trouve dans les Actes de Saint Nérée et de Saint Achillée, martyr.

Martyrologe d’Adon.

Les Petits Bollandistes : Vies des Saints, tome 6.

Rome et ses vieilles églises, Emile Mâle, Flammarion, Paris, 1944 & 1965.

NOTES SUR LE ROYAUME D’EDESSE OU D’OSROENE

Le royaume d’Osroène se trouve actuellement en Turquie, province de Sanliurfa.

C’est un état indépendant fondé en 132 av JC par des Nabatéens dont la capitale bien connue est Edesse sur la base d’un royaume plus ancien de 2000 ans !.

Devenu chrétien du fait de sa proximité avec Antioche en 203 avec la conversion de leur roi Agbar IX, il devint colonie romaine peu de temps après en 216 sous Agbar X.

Thaddée d’Édesse aussi appelé Addaï ou Judas le Zélote est un disciple de Jésus qui selon la tradition aurait également évangélisé des territoires en Mésopotamie et en particulier Édesse et le sud du royaume d’Arménie avant que Saint Grégoire ne convertisse à son tour le roi d’Arménie.

Edesse faisait partie de la « Grande Arménie » et servit longtemps de territoire tampon entre les Perses et l’orient méditerranéen.

Conquise par les Perses sassanides en 605, reprise par Héraclius, elle est enlevée par les Arabes en 638 durant le califat d’Omar. Edesse redevient byzantine en 966 lors de la reconquête de Nicéphore Phocas.

Presque un siècle plus tard, en 1084, les Turcs seldjoukides s’en emparent.

Ce que l’on connaît du comté d’Edesse correspond en réalité à la période de 1098 à 1150 où les croisés prirent possession du royaume (devenu alors état latin d’orient) au moment du soulèvement des populations arméniennes résidentes contre les turcs seldjoukides.

Ref :

François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Cerf, 2001

Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, Les chroniques…